On ne trouve pas, dans l'ensemble de la mythologie, de dieu ni de héros dont l'histoire ait donné naissance à un aussi grand nombre de légendes. La Grande-Grèce et ses iles, les contrées les plus lointaines du bassin méditerranéen, les pays nordiques, par la grande voie de la Celtique et les routes maritimes, ont transmis, par le relais des cultes locaux, la légende merveilleuse d'Héraklès. Le plus populaire des demi-dieux réunit bien souvent sur son nom les exploits d'autres héros dont la nature est analogue à la sienne. Il est, par excellence, selon la mythologie classique, l'être fort et bienfaisant, consacrant sa vie entière au salut de l'humanité, parcourant terres et mers pour secourir les opprimés et dompter les monstres, et qui, après une longue suite de «travaux» mêlés de joies et de souffrances, aura le droit de siéger à jamais dans le choeur des dieux immortels.  

Jupiter avait déclaré, dans le Conseil des dieux, que le descendant de Persée jouirait sur terre d'une puissance souveraine. Mercure, selon la volonté de Jupiter, porta le nouveau-né dans l'Olympe et, tandis que dormait la reine des dieux, le déposa sur son sein. Par malheur, Hercule aspira le lait avec une telle force que Junon se réveilla pleine de courroux et repoussa l'enfant avec violence. Le lait jaillit et, se répandant parmi les plaines du ciel, y forma cette longue trainée blanchâtre qui porte aujourd'hui le nom de Voie lactée. La rage de Junon ne s'en tint pas là: elle envoya deux serpents dans le berceau d'Hercule, mais lui, sans s'émouvoir, étreignit les monstres dans ses petites et robustes mains de huit mois et les étouffa. Plus tard, devenu homme, Hercule subit une fois encore la colère de Junon qui le frappa subitement de folie. Dans un accès de délire, l'infortuné jeta au feu les enfants qu'il avait de Mégare. Revenu à la raison et terrifié de ce qu'il avait fait, Hercule alla consulter l'oracle de Delphes qui lui ordonna de se rendre à Mycènes et de s'y mettre au service d'Eurysthée pour une période de douze années. Mais le fils de Sthénélus conçut une telle frayeur de la puissance de ce simple sujet qui, après tout, avait des droits au trône de l'Argollde, que, pour s'en débarrasser, il lui imposa les entreprises les plus difficiles et les plus périlleuses. De là, ces douze travaux qui ont à jamais illustré le nom d'Hercule et dont le héros sortit triomphant grâce à sa valeur indomptable d'abord, puis au secours que lui prêtèrent les dieux. Il reçut de Mercure une épée, d'Apollon des flèches, de Vulcain une cuirasse d'or, de Minerve un manteau, et lui-même se tailla une massue dans la forêt de Némée, en Elide.  

Les derniers travaux d'Hercule se rattachant à ses voyages en Occident offrent pour nous un intérêt particulier.

Au cours du dixième de ses travaux, il ramène les boeufs gardés par le géant Géryon et,

au onzième, il réussit à s'emparer des pommes d'or gardées par des nymphes à la voix mélodieuse et surveillées par un dragon, vers ces contrées lointaines et imprécises, limite du monde occidental.

Enfin, dans son dernier voyage, lors de sa descente aux Enfers où il s'empare de Cerbère, apparaît son caractère infernal.

Dieu aux multiples visages: découvreur de routes, terrasseur de monstres, gardien des profondeurs, intermédiaire entre le monde des vivants et celui des morts, aimant la vie terrestre, le voisinage des nymphes comme à Glanum, en Provence, près des sources guérisseuses et offrant aux hommes l'eau d'immortalité.

Les exploits du «Dieu Fort » ont hanté les Romains. Sur la grande voie primitive d'italie en Espagne qu'a suivie Hercule, une littérature mouvante, chrétienne, épique et féodale, puis populaire et «folklorique» s'inspirera de la geste du Héros.

En Pays d'Arles, carrefour essentiel des civilisations méditerranéennes et de la voie hérakléenne, prendra corps la légende de Guillaume d'Orange.

Dans les Alyscamps arlésiens et la région du delta où s'illustrent tour à tour Héraklés, sainte Marthe, saint Genès, saint Honorat et Charlemagne, naîtront les légendes populaires et les fables du Moyen Age. Le héros se popularise, se glisse dans la vie des saints évangélisateurs et terrasseurs de monstres.

Au Xlle siècle, les Cercopes, le lion de Némée, Hercule, seront représentés sur le somptueux portail de l'église Saint- Trophime d'Arles.

Gargantua, comme Hercule, apparaît en terre d'Arles, face aux blocs de la ville des Baux que les Cyclopes empilèrent pour escalader les nues;

Galagu, nuée d'apparence fantastique, sorte de Gargantua populaire, hypostase d'Hercule et de Roland, enjambe le Rhône pour y boire avec la main;

Jean de l'Ours, colosse armé d'une barre de fer énorme, sorte d'Hercule provençal, parcourt le monde en quête d'aventures;

le conte de Chichoulo, que l'on retrouve en Lorraine, dans le Tyrol, en Sicile, en Grèce, en Asie mineure, en Espagne, présente la délivrance d'une princesse et le vol de fruits d'or.

Dans un roman en vers provençaux, Jaufre, s'inspirant du cycle arthurien, le héros, nouvel Hercule au service du roi Arthur, délivre la princesse «à la pomme d'or», gardée par des dragons.

Dans un conte scandinave, ldunn, gardienne des «pommes de vie» du Jardin Enchanté, doit également sa délivrance à un être fort et généreux.

Pérennité d'une légende transformée par les lettrés et par le peuple où, bien souvent, se retrouve la geste d'Hercule et dont la forme s'est adaptée aux conditions ethnographiques et sociales des différents pays.

 Le combat d'Hercule contre les Ligures, lors de sa traversée de la Crau, symbolise la résistance indigène qui s'organisa à l'aube de la pénétration étrangère. La « Voie d'Hérahlès», voie primitive conquise par les Latins, est jalonnée, entre Monaco et Cadix, par les oppida de la résistance ligure et ibérique - sanctuaires indigènes issus d'une mythologie primitive sortie du plus profond des traditions préhistoriques.

Moins hellénisée que la région du Bas-Rhône, où se trouvaient les sites glorieux de Massailia, de Glanum et de Saint-Biaise, la Narbonnaise garde les purs exemples de ces traditions folkloriques et religieuses. Après les sites célèbres d'Entremont, près d'Aix, d'Orgon, de Mouriès, de Saint-Rémy, dans les Alpilles, la voie franchissait le Rhône à Ernaginum (Saint-Gabriel) où se joignaient la grande artère continentale et la voie littorale. Par delà le Rhône, la Voie Primitive prendra le nom de Via Domitia après la conquête romaine.

Nous retrouverons Nages, Montlaurès, Saint- Thibéry, Substantion, Ensérune, autant de sanctuaires ou s est concrétisé l'art du pays ligure, et dominant la voie que suivra Hercule au retour de son voyage en Occident.  

La véritable voie du commerce de la Grèce et de Rome fut cependant la grande route maritime qui, après Agrigente et Marseille, abordait vers Ampurias et le Sud de l'lbérie. Mais la voie terrestre fut l'âme d'une civilisation. Voie de légende nourrie de mythologie classique et indigène exprimant un art original, mais surtout expression et permanence du génie d'Oc.

A la «géographie hérakléenne» vont se superposer les grands courants de l'humanisme occidental. Après l'activité marchande et artistique, le flux et le reflux des invasions, la voie d'Hercule sera le Chemin de la Foi sillonné par les pèlerins. Chemin de Saint-Jacques et de Montserrat que suivront les artistes, bâtisseurs de cloîtres et de cathédrales. Voie triomphale des légendes épiques, du culte marial et de la courtoisie.

 La geste de courtoisie transformera le monde et haussera cette route vers les sommets de l'universalité.

Sous les comtes de Barcelone, Provence et Catalogne resserreront leurs liens. Les chants d'amour de Bagdad et de Grenade passeront sur les lèvres des troubadours d'Occitanie, tandis que, près des pierres païennes, cloîtres, églises et claires chapelles fleurissent sur la Route Enchantée.

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